Babel Interprètes
Service d'interprétariat par téléphone ou présence physique




Babel interprètes : une association utile aux réfugiés issus du CADA

Dernièrement (L’affranchi N° 962 duvendredi 5 octobre),nous avons parlé de l’action du Centre d’accueil pour demandeurs d’asile (CADA) de Chaumont, puis de la situation des personnes ayant, après bien des années, obtenu le statut de réfugiés. L’équipe de ce centre oeuvre dans tous les cas pour l’insertion dans la

société française des étrangers persécutés dans leur pays. Elle le fait durant les longs mois, voire années,

pendant lesquels sont étudiées les demandes d’asiles. Mais elle s’en préoccupe également après, essayant

d’aider les réfugiés à trouver du travail ; lorsqu’ils choisissent de rester à Chaumont. Ce qui est d’ailleurs souvent le cas. C’est dans cet esprit que des employés du CADA ont monté un projet original, en créant, il y a deux ans, l’association Babel Interprètes. Celle-ci offre des possibilités de traduction dans 25 langues.

Pour être précis, elle n’est pas la seule dans ce domaine.Il existe une association nationale nommée «ISM Interprétariat» qui propose plus de 100 langues. Mais celle de Chaumont se distingue par les personnes qu’elle emploie.

Une compétence utile en France

«Au bout de 8 à 9 ans d’existence, nous nous sommes rendu compte que les réfugiés sortis du CADA rencontraient des problèmes d’insertion professionnelle, explique Neyla Foizel une bénévole de Babel Interprètes. Or, nous avons pu constater qu’ils possédaient bien le français en même temps qu’ils maîtrisaient leur langue maternelle. Cette compétence pouvait certainement être utile en France. A cette époque, Franck Prodhon, le président de Babel Interprètes, travaillait au CADA. Il précise : «En créant l’association, nous avons voulu rassembler les réfugiés de Chaumont autour d’une idée simple transformer le handicap de la communication en un levier pour l’insertion professionnelle et l’intégration».

Se développerdans un département qui perd des habitants

A Chaumont, lorsque les réfugiés ont obtenu leur statut, c’est le CADA qui les oriente vers l’emploi. Ici, il

n’existe pas de structure appropriée, comme dans les grandes villes. Cependant, on sait qu’en Haute-Marne il est très difficile de trouver du travail. Beaucoup se sentent donc contraints de partir.«Le but est de permettre aux réfugiés de s’installer dans le territoire grâce à l’emploi», expose Neyla Foizel,qui estégalement formatrice en langue française au CADA. Et elle ajoute :«Babel est une association d’économie-sociale (1). Elle peut leur offrir des emplois d’interprètes.«A Chaumont la richesse en langues est immense. On en trouve de rares et exotiques». Frank Prodhon explique :«A travers cette association,

nous faisons le pari qu’il est possible de vivre, de travailler et de grandir dans un département qui perd

chaque année un peu plus de population. Il n’y a pas de fatalité, la communication interculturelle peut devenir un formidable moyen de développer de nouvelles activités, de nouveaux emplois. Nous agissons en médiatisant la différence pour transformer les malentendus, les craintes en une meilleure compréhension de l’autre»

24 réfugiés parmi les 35 interprètes

L’association a été créée en juin 2010. Aujourd’hui, offrant un service d’interprétariat par téléphone ou avec présence physique, elle dispose de 35 interprètes, dont 24 sont des réfugiés. Les autres sont des français d’origine étrangère. Il faut ajouter, que 5 résidents du CADA travaillent comme bénévoles au sein de l’association. Désormais, 25 langues sont proposées. On notera que 22 interprètes disposent d’un autre emploi. Il y a des maçons, des ouvriers, un conducteur de travaux, un mécanicien, une animatrice,

une commerciale, plusieurs étudiants, un réceptionniste, une intervenante sociale-formatrice, un chauffeur routier, un ambulancier, un agriculteur, un auto-entrepreneur dans commerce, une infirmière, une vendeuse, un plongeur en restauration. La volontaire en service civique de Babel, Lucille Popko, précise que, parmi les 35 interprètes 21 habitent à Chaumont. «On travaille principalement pour des personnes qui viennent d’arriver en France, qui ne parlent pas français», ditelle. Les clients de Babel Interprètes

sont des associations, collectivités, tribunaux, services de police, hôpitaux et services de santé, des services d’éducation, des commerces, des industries… et des acteurs touristiques.

Lousiné Terteryan

(1) Le 9 novembre 2011, à Bercy, Babel Interprètes a été distinguée au Concours Talents de la création d’entreprise. Lauréate régionale, elle concourt pour le prix national de la catégorie Economie Sociale.

Une trentaine d’heures par mois

Créée par des employés du CADA, l’association à but non lucratif «Babel interprètes» offre des activités de traduction rémunérées à d’anciens demandeurs d’asile ayant obtenu le statut de réfugiés. La charge de travail de Babel Interprètes, ne permet pas de faire vivre les réfugiés locaux. Mais elle leur procure

chaque mois une activité rémunérée de quelques heures (de 2 à 5 heures en moyenne) qui s’avère enrichissante au moins sur le plan personnel. Dans certains cas exceptionnels, selon la demande et la langue pratiquée, un seul interprète peut travailler jusqu’à 12 heures dans le mois. Mais il peut avoir

aussi à se contenter d’une demi-heure. Au total, l’association a en moyenne une trentaine d’heures à distribuer. Elle est bien sûr toujours à la recherche de «partenaires- clients». Ceux-ci doivent d’abord s’acquitter d’une adhésion de 10 euros par an. La première prestation leur est facturée 18 euros, les suivantes, 28 euros. Pour en savoir plus : www.babel-interpretes.fr

L’Affranchi de Chaumont

Numéro 964